Fiche de lecture 6 : Shoba, itinéraire d’un réfugié

Titre : Shoba, itinéraire d’un réfugié

Auteurs : Antonythasan Jesuthasan et Clémentine V.-Baron

Type : Roman

Première de couverture du livre

Personnages

Anthonythasan, Eswaran, Shoba, Manyan : narrateur et personnage principal, né dans les années 60.

Chandran : frère de Anthonythasan

Siriyani: Première petite-amie d’Anthonythasan

Dans l’histoire, il plusieurs autres personnages, mais j’ai choisi de ne pas les répertorier car ils sont très peu mentionnés.

Il est important de préciser que cette histoire est réelle.

Cadre spatio-temporel

Cadre spatial

L’histoire débute au Sri Lanka, plus précisément dans les zones d’Allaipiddy, Jaffna et Colombo (ci-dessous la carte du Sri Lanka). Le Sri Lanka est un pays d’Asie, voisin de l’Inde.

Carte du Sri Lanka

Par la suite, le narrateur s’est déplacé pour Hong-Kong, la Thaïlande et finalement la France.

Cadre temporel

Anthonythasan est né en 1967: l’histoire se déroule dans les années 70 jusqu’en 2015.

Résumé

Anthonythasan naît et grandit dans un petit village sri lankais appelé Allaipidy. Il mène sa petite vie avec ses parents et ses frères, jusqu’à ce que des conflits séparatistes affectent le pays. Du jour au lendemain, la caste des Cingalais, supportée par le gouvernement, s’est vue attribuée des avantages au détriment des autres castes du pays, dont celle des Tamouls. Les conditions de vie devenant de plus en plus difficiles, des mouvements indépendantistes tels que le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam) pour « les Tigres de la libération tamoule» ont vu le jour. Voyant son peuple souffrir tous les jours, Anthosythasan décide d’intégrer le LTTE pour se battre pour son peuple. Cependant, au fil des années, il s’est rendu compte que les actions menées par le groupe s’éloignaient de son idéologie de départ et a fini par s’échapper. La situation au Sri Lanka empire et pour survivre, il est allé à Hong-Kong, en Thaïlande, puis est revenu au Sri Lanka. Durant ces années chaotiques, il rencontre Siriyani, une jeune femme cingalaise dont il est tombé amoureux. Cette dernière l’a énormément soutenu, surtout lors de son séjour en prison. Par la suite, Anthonythasan a rejoint la France où il a demandé l’asile politique. La vie n’en est pas devenue plus facile pour lui car pour obtenir un travail et un logement en France, il lui fallait des papiers. Il s’est battu durant des années avec des boulots temporaires, puis un jour, l’opportunité de jouer dans le film Dheepan s’est présentée et il l’a saisie. Malgré le succès qu’a rencontré le film, Anthonythasan a très vite retrouvé sa vie habituelle d’immigré Sri lankais, avec tous les déboires que cela comporte.

Thèmes abordés

Dans cet ouvrage, quelques thèmes ont attiré mon attention.

La vie dans un pays en guerre

p.43 : « Bientôt embarqués dans l’engrenage de la vengeance, nos chefs nous ont ordonné d’attaquer les villages cingalais aux frontières de la zone tamoule. « Tirez sur tout ce qui bouge! », tel était l’ordre de ces raids punitifs. […] Plus de deux cent civiles ont péri sous nos balles»

200 personnes! Vous vous en rendez compte ? C’est incroyable !

À cette période au Sri Lanka, il règnait un véritable climat de frayeur. Des personnes étaient tuées sans raison apparente, les écoles et les commerces étaient fermés. Les jeunes du pays n’avaient plus d’avenir : soit ils rejoignaient les groupes armés, soit ils tentaient de quitter le pays. Dans l’un ou l’autre des cas, il s’agissait d’un choix périlleux pour lequel la mort ne se trouvait jamais bien loin. Lire cette partie du livre m’a énormément attristée et m’a fait me rendre compte que des personnes vivent des situations inimaginables dans certaines régions du monde.

#EndAnglophoneCrisis

Parler de « régions du monde » semble éloigné pourtant dans mon propre pays, le Cameroun, un scénario similaire est en cours depuis quelques années. 😔😔

Pour ce ceux qui ne le savent pas, la crise anglophone (en anglais Anglophone Crisis) est le nom officiel donné à la guerre civile en cours dans les régions anglophones au Cameroun, également connue sous le nom de guerre d’Ambazonie. Ce conflit est lié à la situation socio-politique spécifique des régions du Nord-Ouest (NO) et du Sud-Ouest(SO) du Cameroun depuis la fin de 2016. Cette crise, initialement basée sur des revendications corporatistes des avocats et enseignants, bascule progressivement vers des revendications sécessionnistes fortes en raison des réponses jugées insuffisantes du gouvernement.

Depuis 2016, des centaines de personnes ont été tuées impunément.

Traduction : Mon amie d’enfance nettoyait sa court jeudi matin lorsqu’elle a été tuée par balles. Une supposée balle perdue a ôté la vie d’une mère de 4 enfants. Je suis dévastée

Le 24 Octobre 2020, des assaillants habillés en civils, armés de machettes et d’armes de guerre entrent dans une salle de classe de l’école Mother Franscica School et font un véritable massacre. Les jeunes Telma, Victory, Princess, Jennifer, Chema et Renny ont péri ce jour à Kumba.

Face à cette crise qui nous affecte tous d’une façon ou d’une autre, ne restons pas silencieux. Eloignons de nous cette attitude d’autruche en pensant que « ça n’arrive qu’aux autres donc cela ne ne concerne pas ». NON!

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons une formidable arme digitale que ce sont les réseaux sociaux. Innondons les réseaux sociaux du hashtag #EndAnglophoneCrisis pour éveiller les consciences sur ce qui se passe actuellement au Cameroun.

So together, let’s

#EndAnglophoneCrisis

#EndAnglophoneCrisis

#EndAnglophoneCrisis

Le système de castes – Interdiction des mariages inter-caste

p.14: « Allaipiddy comptait environ cent cinquante maisons, regroupées en fonction des différentes castes, comme en Inde. Chaque caste avait une zone réservée, et les familles restaient entre elles. Même les enfants ne jouaient qu’avec ceux de leur rang. […] Le système de castes s’appliquait partout: à l’école, à l’église, dans les temples[…] J’ai dû étudier dans une école hindoue pourtant j’étais catholique! […] Le système de castes était plus important que la religion, mes parents m’ont envoyé à l’école hindoue, afin que je fréquente d’autres enfants de mon rang…»

p.65 : «Mes parents n’accepteraient jamais une Cingalaise parmi nous, […]. Au Sri Lanka, il faut se marier avec une personne de sa caste, sinon la société refuse votre union. Quant au fait d’être ensemble sans être mariés, n’en parlons pas… C’était un crime ! »

Pour ceux qui ne le savent pas, une caste est définie comme un groupe social hiérarchisé, endogame (on choisit son partenaire dans le même groupe) et héréditaire. On les retrouve un peu partout dans le monde, mais plus précisément en Asie.

Après avoir lu ces extraits du livre, vous conviendrez avec moi de l’injustice de ce genre de système. Je trouve cela vraiment triste d’empêcher de jeunes enfants jouer ensemble et des personnes adultes et consentantes de s’aimer, de se marier. Quand le coeur décide d’aimer, il se moque bien de critères tels que la couleur de peau, le compte en banque ou la caste. Il aime, tout simplement.

Les conditions de vie précaires des immigrés

À propos des auteurs …

Anthonythasan Jesuthasan est un écrivain et acteur tamoul, né en 1967 au Sri Lanka. Il est l’acteur principal du film Dheepan de Jacques Audiard (Palme d’or 2015 du Festival de Cannes).

Clémentine V.-Baron est journaliste et auteure. Elle a notamment dirigé le recueil Les Oiseaux migrateurs: témoignages de migrants (L’Harmattan, 2016).

Impressions sur le livre

C’est un bon livre, facile à lire, sans mots particulièrement difficiles. Si vous avez remarqué, dans cette fiche de lecture, il n’y avait pas de section « Vocabulaire ». Le livre fait à peine une centaine de pages, je l’ai lu rapidement. Je l’ai apprécié car il m’a fait prendre conscience des réalités que vivent certaines personnes au quotien, ainsi que les traditions en vigueur au Sri Lanka. Exemples :

Avant l’âge adulte, il est interdit aux garçons d’adresser la parole aux filles, à moins que celles-ci ne fassent partie de leur famille. Aussi, un homme n’a pas le droit d’épouser une femme tant que sa première soeur n’est pas encore mariée. Un homme doit épouser une femme moins âgée que lui.

Ce livre était enrichissant pour moi. Je le recommande à toute personne qui souhaiterait en apprendre davantage sur la culture asiatique et européenne.

Un avis sur « Fiche de lecture 6 : Shoba, itinéraire d’un réfugié »

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